Les deux Armstrong

Publié: 27 août 2012 dans FAÇON PUZZLE
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Les hasards de l’actualité ont mis en parallèle deux Armstrong : le cosmonaute qui a fait ce « petit grand pas » historique, et le cycliste qui a pédalé sinon dans la choucroute, du moins avec autre chose que de la limonade.
Tous deux représentent l’esprit d’entreprise à l’américaine.

Pour les raisons que l’on sait (notamment contraindre l’URSS à la course à l’espace pour l’empêcher d’accéder à une économie de consommation), les USA ont décidé d’envoyer un homme sur la lune en 10 ans. Ils ont mis les moyens, développé les savoir-faire, les techniques, et y sont arrivés (et la réussite de la mission ne doit pas cacher l’énorme difficulté du projet, les avancées scientifiques et technologiques,  et les risques encourus par les astronautes, même si c’était leur boulot d’autant plus que c’étaient des militaires).

Bien entendus, le fait d’avoir la puissance, les moyens, les technologies les plus avancées n’est signe ni de vertu, ni gage de réussite. Cela peut en effet donner la primauté de la marche sur la lune (après Tintin toutefois), la libération de l’Europe de la tyrannie nazie, mais aussi de désastreuses aventures militaires, à commencer par le Vietnam.

Pour l’autre Armstrong, il s’agissait de gagner la plus grande épreuve cycliste au monde. Là aussi, tous les moyens sont bons, y compris se droguer (comme beaucoup de cyclistes en Europe, mais aussi beaucoup d’athlètes par ex. dans le foot américain, et on ne parle pas de ce qui se passait en ex. RDA), comportements mafieux dans le peloton, connivence avec les autorités. (Passons sur la complaisance complice – faut bien croûter –  et hélas ô combien prévisible des journalistes qui aujourd’hui crient haro sur le baudet, mais en chantaient la gloire à l’arrivée des étapes .

Ceci est à l’image de la concurrence économique où tous les coups sont permis (n’est-ce pas Samsung, n’est-ce pas Apple), où l’on triche (actifs pourris, délits d’initiés, espionnage industriel par ex.), où le plus fort impose sa loi (par exemple grâce aux lobbys influents dans les sphères politiques et donc législatives), où les dés sont donc pipés et donc où la véritable concurrence n’existe pas, du moins à un niveau autre qu’oligopolistique.

Cela n’empêche pas le « vainqueur » d’être adulé (car il porte en lui la « revanche » des « petits » victimes du système), d’autant plus que dans le cas d’Armstrong, (le cycliste), il s’agit aussi, pour certains Américains très, très moyens, de faire la nique aux Français, le « French bashing » étant devenu un sport national depuis le mémorable et prémonitoire discours de Dominique de Villepin à l’ONU annonçant la non-participation de la France à la guerre en Irak et mettant en garde les Etats-Unis contre les aléas de cette aventure militaro-industrielle. Et le fait que cela se soit avéré pertinent ne fait qu’ajouter, par blessure narcissique, au ressentiment.

À l’image de la compétition économique, la compétition sportive est, on le sait, bien loin d’être uniquement une question de talent, d’entraînement et de performances. Elle est souvent à l’image du pays : la puissance de l’argent (notamment des universités servant d’enveloppe académique à des pépinières d’athlètes) aux USA, la militarisation et la fabrique quasi mécanisée d’athlètes en Chine, les hyperboles « cocoricomiques » dans la victoire et les excuses pathétiques dans la défaite en France, la focalisation sur le sport dérivatif au mépris des véritables problèmes de la population dans les pays non développés, l’hypocrisie dans des pays vivant sous la charia, etc.

Mais carpe diem. Ma génération, à une heure tardive, à regardé, fascinée, incrédule même, ces images cahotantes en noir et blanc, on apprécie la « pureté » esthétique et dramatique (unités de temps, de lieu et d’espace) d’un 100 m, et on ne manque pas une arrivée à l’Alpe d’Huez, malgré la bêtise des spectateurs et des commentateurs de la télé.

Bref, « on s’arrange ». Mais a-t-on le choix, sinon à se réfugier dans la pause et les coups de menton boboesques, l’utopie autodestructrice ou sanguinaire, la révolte stérile, ou la désespérance ?

En pensant à Sisyphe et pour citer un troisième Armstrong : « What a wonderful world ».

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commentaires
  1. alaind dit :

    PS: Jean Luc et non pas Jean Claude, évidement désolé…

  2. alaindu dit :

    Je ne sais ce qui s’est passé, mais n’ayant pas montré pleinement patte blanche, le premier commentaire semble égaré dans l’espace. C’est que depuis affiliation aussi peu volontaire que Gravatarienne, il y a des bugs sur mon identification…

    Difficile de le refaire ce commentaire, des idées sont uniques et ne se reproduisent que peu.
    Enfin, je vais tenter l’impossible, autrement et garantie sans EPO.

    Sexe, drogues, rock’n roll:

    S’il fallait occulter de la scène, du sport et de l’histoire, les amateurs de substances illicites et, pendant que nous y sommes, les personnes à activités sexuelles « non conformes » il ne resterait plus grand monde pour animer les écrans et autres produits de diffusion de son et d’images, et … plus grand monde en général.

    Sans parler des chers disparus du club des 27 qui ont non mystérieusement abrégé leurs performances par des abus aussi divers que fatals, en évoquant les présentateurs passés, spécialistes en chevaux et en noblesse Britannique, ou encore ex époux d’une ex dame de France, ou encore notre dernier présentateur Jean Luc disparu récemment. Ces champions de la tchatche, de la relation, de la scène, ces animateurs à la performance « linéaire » ont bien entendu été « aidés » par une ligne illicite, illicite mais amenant certaines performances grâce à l’inhibition du douloureux mal de vivre ou mal être…

    Il n’y a jamais de dépistage positif dans le football par exemple (étonnant non?) , ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de sportifs usant de stratagèmes en substances. J’ai vu un local spécifique de dépistage dopage en un grand stade, un grand couloir avec une table et une chaise au fond, probablement acquis chez Emmaüs vu l’état de ce mobilier, mais certainement très peu fréquenté… J’ai vu dans le même stade les locaux de la police, avec bar et canapés coussinés, et bien entendu: les petits rideaux occultant ce monde VIP des regards indiscrets, occultant des performances autres que celles des footballeurs entre lever de coudes et soirées « légères ».

    Le voilage de la face est omniprésent en nos mœurs, on se doute, mais, on sait, mais, et l’individu lambda jubile à l’annonce de la « révélation médiatique » tout en décapsulant sa bière avant plus tard de se coucher avec un lexomil.

    On attrape celui qui n’a plus de chance et on blanchi tous les autres, lesquels, bien entendu, sont des anges ou des chevaliers « blancs »…

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