Le temps au temps

Publié: 2 septembre 2012 dans FAÇON PUZZLE

Les Cent Jours ou l’An II ?

La droite, comme il fallait s’y attendre, fait son boulot d’opposition. Critique systématique, mauvaise foi, usage des hyperboles, inflation sémantique, procès d’intention, tout l’arsenal est déployé, comme ce fut le cas de la part la gauche en son temps.

Il y a en effet un aberration dans le concept même ces « cents jours », encore une invention de journaliste, en référence à ceux durant lesquels Napoléon a espéré renverser le cours de l’histoire. La morne plaine de Waterloo a vu la fin de cette ambition.

Scoopomania

Aujourd’hui, les Waterloo, ce sont les sondages de popularité. Il est bien évident que tout gouvernement, tout chef de l’exécutif qui a pris le pouvoir dans une situation difficile par définition (car si elle avait été bonne, il n’y aurait probablement pas eu d’alternance) va décevoir une bonne partie de son électorat. Je ne parle pas de ceux qui veulent « tout, tout de suite » façon « Grand soir », mais de ceux qui ont des difficultés, qui pâtissent d’injustices, vivent dans des conditions difficiles, sont au chômage et cherchent à travailler, et qui, même s’ils comprennent qu’on ne peut pas tout régler en 3 mois, ressentent quand même – et on le comprend – une frustration qui s’exprime dans ces enquêtes d’opinion.

Or c’est le principe même de ces enquêtes d’opinion qui pose problème car elles se placent dans une immédiateté incompatible avec les contraintes d’une prise de pouvoir et le temps que donnent les institutions, à savoir celui d’un mandat de 5 ans pour un président, ce qui montre bien qu’on n’attend pas de lui qu’il règle tous les problèmes en 3 coups de baguette magique.

Mais les médias sont avides de ce type de sondage car à l’évidence, ils font vendre du papier.

Et quels que soient son sang froid et sa détermination, un chef d’État et/ou de gouvernement ne peut rester sur l’Aventin et  ignorer les sondages, en donnant, comme seule réponse aux impatiences, la formule de Mitterrand : « Il faut laisser du temps au temps ». Il est obligé de se plier à cette culture de l’immédiateté, introduite par des médias comme CNN ou France Info, pour lesquels tout événement devient information, ce qui nivelle les échelles de valeur, de pertinence et d’importance dans un flot ininterrompu de « nouvelles » dans lequel se chevauchent pêle-mêle la découverte d’un charnier en Syrie, une petite phrase de Ségolène Royal, un accident de poids lourds dans un bled paumé du Loir-et-Cher et la bronchite de Johnny Halliday.

Donc malgré sa volonté d’avoir une présidence qui se situe dans le temps long et non dans le mouvement brownien type Sarko, Hollande va parler à la télé et le gouvernement accélère la prise de mesures (dont on se demande bien d’ailleurs pourquoi elles pouvaient, avant les mauvais sondages, attendre).

Yalla !

En toile de fond, il y a le slogan de campagne de François Hollande « Le changement, c’est maintenant » et malgré les arguments avancés plus avant dans ce post, on sent que le doute s’est installé dans l’opinion, qui s’interroge devant ce qui peut apparaître, à tort ou à raison, comme de l’indécision, de la « commissionnite » et la pratique du flou artistique. Les Français, dans leur vaste majorité, ne veulent pas tout, tout de suite, mais ils veulent qu’on leur disent où l’on en est, où l’on va, comment, qui va payer quoi et combien, notamment dans la mise en œuvre des solidarités., de la justice sociale et de la croissance.

Ils laissent aux bobos les indignations politiquement correctes, les états d’âme et les compassions de circonstance. Les gens ont des problèmes de fin de mois, de boulot, d’accès aux soins, de prise en charge de leurs parents âgés et malades, de paiement des études de leurs enfants, de sécurité de leurs biens et de leur personne et ils attendent non plus des promesses, mais des raisons d’espérer.

Et surtout, et cela est particulièrement vrai pour les classes moyennes (c’est à dire ceux qui ne sont pas, si j’ose dire, « assez pauvres » pour être assistés et pas assez riches pour être à l’abri, bref, ceux qui payent – douloureusement – pour tout ce dont ils ont véritablement besoin), les gens veulent bien faire un effort, se serrer la ceinture, mais que ce soit productif et qu’il en reçoivent eux aussi, au moins en partie, les fruits. Aussi cynique que cela puisse paraître, la solidarité est certes une exigence morale, mais elle doit s’accompagner d’une autre exigence : le retour – lui aussi social – sur investissement

Sans nier ce qui a été fait depuis l’arrivée aux affaires (et notamment dans le détricotage symbolique du Sarkozysme), l’opinion publique pourrait vite s’impatienter devant l’urgence des situations individuelles (comment reprocher à quelqu’un de voir midi à sa porte ?) et l’apparente patience d’un président normal qui leur paraîtrait tout autant trop tranquille que le précédent ne leur semblait trop fébrile.

Bref, il ne veulent pas d’un Mac Mahon qui dit « Que d’eau, que d’eau » et qui annonce qu’on va lancer une commission réunissant les familles de noyés, les chantiers navals et les capitaines de bateau-lavoir pour déterminer quel type de barque on va construire. Ils veulent un Danton qui demande « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ».

L’audace, ce n’est pas la témérité. C’est l’optimisation sans complexe des moyens dont on dispose et l’abolition des rentes de situation qui empêchent d’aller de l’avant. Cela s’appelle le courage politique.

Le discours de Châlons-en-Champagne semble aller dans ce sens. Nous verrons si les actes suivent les paroles, ce qui, après tout, ne serait que normal pour un président en charge des destinées de son pays.

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commentaires
  1. Analyse remarquable. Pas grand-chose à ajouter.

  2. Jean-Christophe Picard dit :

    + 1

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