Plus ça change…

Publié: 9 novembre 2012 dans FAÇON PUZZLE
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Un des rares commentateurs de ce blog (mais ne me prenant pas pour un prédicateur, être une « Vox clamenti in deserto » ne me dérange pas) a stigmatisé mes propos en m’accusant de vomir sur la gauche en énonçant ce que je crois être non pas des calomnies, mais le résultat de mon expérience, de mes observations et de mes modestes réflexions.
Pas plus que pour un prédicateur, je ne me prends pas pour un prophète, mais force est de constater, en toute modestie (car je suis plutôt un mauvais pronostiqueur en politique, me laissant trop influencer par ce qu’il me reste d’espérances), que ce que je prévoyais s’est, cette fois-ci du moins, avéré juste et pertinent, cela dit, également, en toute humilité.

NOUS ENTRERONS DANS LA CARRIÈRE !

La désignation « à la nord-coréenne » d’Harlem Désir à la tête du PS a montré, si besoin était, le peu de place qu’ont les simples militants dans ce processus.

Le fait que le second candidat Jean-Christophe Cambadélis soit un ex adhérent de l’Alliance des jeunes pour le socialisme (AJS), la structure jeune de l’Organisation communiste internationaliste (OCI) (puis Parti communiste internationaliste (PCI), organisation trotskiste lambertiste) montre le succès (avec des complicités internes) de la stratégie d’entrisme des trotskistes dans le Parti Socialiste (Jospin était resté membre de l’OCI, même après avoir été nommé Premier secrétaire du PS).

Harlem Désir est un séide de Julien Dray, membre éminent de la Ligue Communiste Révolutionnaire, beau ramassis d’arrivistes, dont Dray (qui lui aussi a eu affaire à la justice) s’est fait exclure avant de rejoindre le PS en 1981, n’ayant pu obtenir le poste de président de l’Unef en échange d’un ralliement à l’OCI, (on voit le genre du personnage…)

Désir et Cambadélis sont les exemples mêmes de ces arrivistes sus nommés dont la carrière commence dans un mouvement politico-syndicalo-associatif où leur sens aigu de la stratégie, du copinage utile et du revirement opportuniste leur sert de tremplin.

Du temps où il était à la tête de SOS Racisme, Désir avait déclaré qu’une carrière politique ne l’intéressait pas, ce qui ne l’a pas empêché plus tard (pas beaucoup plus tard d’ailleurs) de décrocher la véritable sinécure que constitue, pour beaucoup, le mandat fort rémunérateur de député européen.

N’ayant jamais exercé de véritable métier, tous deux ont, comme nombre de leurs coreligionnaires, émargé grassement dans des associations et dans des emplois plus ou moins fictifs, avec toute la panoplie des faux rapports, des fausses études, fausses factures, du recel d’abus de biens sociaux, etc.. (Je renvoie à Wikipédia pour les détails résumés ainsi dans Le Monde du 8 septembre 2012 : « Les deux responsables socialistes ont chacun un passé judiciaire remontant à des affaires très anciennes. En 1998, M. Désir a écopé de dix-huit mois de prison avec sursis et 30 000 francs d’amende pour « recel d’abus de confiance « . En cause, son emploi fictif comme formateur dans une association lilloise entre novembre 1986 et octobre 1987, alors que l’actuel n° 2 du Parti socialiste occupait la présidence de SOS-Racisme.

M. Cambadélis, lui, a été reconnu coupable en 2006 dans l’affaire des emplois fictifs de la Mutuelle nationale des étudiants de France (MNEF). Condamné à six mois de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende, il avait été rémunéré par la mutuelle proche du PS entre 1991 et 1995, à hauteur de quelque 620 500 francs au titre d’une activité fictive de conseil.

En 2000, le député de Paris avait déjà été condamné à cinq mois de prison avec sursis et 100 000 francs d’amende pour un emploi de complaisance de 1993 à 1995 dans une société gestionnaire de foyers de travailleurs immigrés dirigée par un ancien cadre du Front national. Une affaire d’autant plus embarrassante à l’époque que, quelques années auparavant, le responsable socialiste s’était fait connaître en lançant un « Manifeste contre le FN ».

 Donc le PS, comme candidats au poste de Premier, n’avait rien de mieux à proposer que ces deux porteurs de casseroles. On me dira que c’est loin tout ça, mais on me permettra, en ces temps de repentance obsessionnelle à propos d’événements depuis fort longtemps passés (des siècles pour certains), de ne pas avoir la mémoire courte et de trouver cela quelque peu pathétique.

RATISSER LES MINORITÉS


Enfin, on ne m’empêchera pas de penser que la nomination d’Harlem Désir s’inscrit dans la stratégie électorale du PS qui, incapable de penser la post modernité en terme d’analyse et de stratégie politiques, a visé, comme moyen d’atteindre la majorité,  le ralliement des minorités (les gays avec le mariage entre personnes du même genre, les beurs avec des concessions à répétition sur les manifestations directes et indirectes du développement de l’islamisme, l’achat de la paix sociale dans les cités sous un habillage social (les « emplois d’avenir »), les intermittents du spectacles (et avec eux les cultureux de tout poils) avec le maintient d’un statut ruineux pour les finances publiques (3% des chômeurs, 1/3 du déficit de l’Unedic), les syndicats avec l’enterrement des rapports, ô combien révélateurs, sur par exemple les finances de la CGT et de ses comités d’entreprise, les jeunes avec la légalisation tôt ou tard du cannabisme, etc. etc.

(Je sais, il paraît que Marine Le Pen fait la même analyse. Je répondrais, avec la mauvaise foi quoi me caractérise – mais qui n’obère pas le raisonnement – que le fait qu’Hitler ait été végétarien ne fait pas de tous les végétariens des nazis).

Certes, étant donné qu’il est rare que les majorités votent pour protéger les droits des minorités, il appartient aux instances représentatives (et aux tribunaux) de promouvoir et de protéger ces droits. Mais cela sous la réserve importante que ce soit fait de bonne foi et non par simple calcul électoral à court ou moyen terme, et que ce ne soit pas au détriment des droits, tout aussi légitimes, de la majorité.

Certes également, cette stratégie de large ratissage des minorités est payante (c’est celle qui a contribué fortement à faire élire Obama), mais les principes constitutifs de chaque société sont différents et, pour la France, cette stratégie comporte une faiblesse et présente un danger :

Une faiblesse car si l’intérêt général, par exemple comme aux États-Unis, est formé de l’ensemble des intérêts particuliers, avec notamment le rôle majeur, et reconnu, des lobbys, il n’en va pas de même en France : dans notre culture philosophique et politique, l’intérêt général ne résulte pas de la somme des intérêts particuliers. Il dépasse, au sein d’une république « une et indivisible », chaque individu, et est, autant que faire se peut dans un système représentatif, l’émanation de la volonté de la collectivité des citoyens en tant que telle, dans le cadre du « Contrat social » cher à JJ Rousseau.

Car les intérêts particuliers peuvent s’avérer contradictoires : aux États-Unis, cette contradiction est résolue en grande partie par l’argent (les frais de campagne sont le principal souci des candidats) et force est de constater que cela a pour conséquence de diviser  profondément la nation et ce n’est pas pour rien que la réconciliation, le bipartisanship, le « reaching out » a constitué une part importante du remarquable discours qu’Obama a fait juste après la confirmation de sa victoire sur Romney. (Je compte revenir, dans un prochain post, sur cette élection). Ce danger de clivage du pays est de plus en plus profond en France (une fois de plus, les incantations, les leçons de morale, les concerts « pour » ou « contre » n’y changent rien) et ceux qui en profitent de plus en plus sont les extrêmes (qui d’ailleurs se touchent de plus en plus malgré les apparences).

En France, le gouvernement Ayrault (ou son successeur réel ou imaginaire qui doit piaffer d’impatience en espérant que le Nantais ne passe pas l’hiver) va, par exemple, devoir gérer la possible contradiction, en termes électoraux, entre l’adoption par le gouvernement du mariage gay et le fait que, comme les deux autres « religions du livre », l’islam le condamne, alors que selon une étude du sociologue Hugues, l’«affirmation musulmane» se généralise chez les Français de 18-25 ans issus de l’immigration du Maghreb, du Sahel et de Turquie. (à l’inverse, l’athéisme progresse dans d’autres sphères de la société).

Voilà donc pour les balles que les socialistes se tirent eux-mêmes dans le pied. Comme si ce la ne suffisait pas, ils reçoivent des coups de poignard dans le dos de la part des Communistes et doivent avaler les potions sans OGM mais néanmoins amères des Verts.

MAJORITÉ ROSE-ROUGE-VERTE : LE BOUQUET DE MARIAGE TOURNE AU FEU D’ARTIFICE

En ce qui concerne la coalition constituant la majorité parlementaire, j’avais fortement envisagé, au vu et au su de l’expérience passée, la trahison du Parti Communiste et le chantage des Verts. C’est chose faite. Dans la nuit du 7 au 8 novembre, au Sénat, les Communistes ont joint leurs voix « populaires » (!)  à celles des sénateurs UMP et Centristes, pour rejeter en séance le projet de loi de programmation budgétaire 2012-2017, fixant les objectifs du gouvernement sur la durée de la législature.

Quant  à EELV, ses représentants aux gouvernement ont fait un pas vers la dissidence : Jean-Vincent Placé, président du groupe Europe Écologie-Les Verts (EELV) au Sénat a déclaré  le vendredi 9 novembre sur Radio Classique : « Nous nous posons la question de savoir ce que nous faisons au sein du gouvernement ».

Daniel Cohn-Bendit ne se pose même plus la question : il a tiré sa révérence d’EELV.

Or dans leur grande tradition de maîtres-chanteurs intégristes, les Verts pèsent sur les décisions du gouvernement, par exemple dans leur refus d’envisager toute exploitation en France des gaz des schiste. Certes, la méthode actuelle est très dangereuse pour l’environnement, mais l’on pourrait au moins mettre le paquet sur des études en la matière (et commencer par réformer le code minier) la France n’ayant pas les moyens de se passer d’une source d’énergie prometteuse et, qui plus est, dans son propre sous-sol.

TOUCHE PAS À MON BOUT DE GRAS

Il est permis de se demander si la cote de popularité du duo Hollande/Ayrault dégringole, ce n’est pas uniquement parce que les Français sont trop impatients devant la promesse du « changement maintenant », mais c’est aussi parce qu’ils voient bien que, sans nier le fait que des avancées aient été faites et qu’il y ait eu des mesures positives (c’est bien le moindre !), on monte des usines à gaz au lieu de s’attaquer aux vrais problèmes, à commencer par mettre un terme, ce qui ne coûterait rien, aux rentes de situation, (et parmi celles-ci le cumul des mandats), aux comités Théodule de tous poils dans lequel chaque gouvernement fait pantoufler ses petits copains, aux agences qui servent avant tout à ceux qui y travaillent et non à ceux dont elles sont censées s’occuper, aux dépenses publiques, à commencer par celles des collectivités territoriales.

Cette même opinion publique (« le peuple » comme dirait Mélenchon, lui aussi ancien de l’OCI,  et député européen absentéiste mais néanmoins toucheur d’indemnités confortables) pense également que sans nier l’intérêt de ces questions (du moins pour celles et ceux qui sont directement concernés), il y a des choses plus urgentes à régler que le mariage entre personne du même genre.

Devant une situation que chacun maintenant reconnaît (et ressent de plus en plus au quotidien) comme très, très alarmante, les petites phrases, les querelles de chapelle, cette bisbille permanente entre la gauche et la droite, à coups de destitutions, de nominations, de critique systématique, et, comme je l’ai dit plus avant, de prises de positions purement principielles ou électoralistes, n’est pas de nature à nous sortir du pétrin, habitants de ce petit hexagone à la pointe de l’Eurasie, dans lequel chacun reste accroché à ses privilèges, ses droits acquis, réels ou supposés,  son statut, ses certitudes et ses illusions.

ALLONS ENFANTS DE LA PATRIE (ET LEURS PARENTS)

Mais pour cela, pour qu’il y ait une nouvelle « union sacrée », il faudrait qu’il y ait, en France, le sentiment commun d’appartenir à la même nation dans laquelle chaque citoyen aurait certes des droits, mais aussi des devoirs, à commencer par celui des parents qui ont droit aux allocations familiales, aides à la rentrée scolaire, etc., mais qui ont aussi le devoir (car l’instruction civique, cela commence à la maison) de faire en sorte que leurs rejetons, dotés de smartphones, de scooters pétaradants, de Nikes, cessent de faire les idiots en classe et respectent et écoutent les profs, ce qui leur donnerait certainement une meilleure chance d’acquérir des diplômes et les formations leur permettant de gagner leur vie et d’être productifs, donc utiles à la société au lieu d’en devenir les éternels assistés, obérant ainsi le devoir de solidarité inhérent à toute société, notamment celles qui se réclament de la social-démocratie. Car celle-ci n’est pas, contrairement à ce que d’aucuns croient, le nivellement par le bas, mais l’exigence pour chacun d’être en mesure de contribuer, notamment par son travail, son respect des lois et l’accomplissement de ses devoirs de citoyen (notamment de parent), au bien-être de tous.

Voilà qui serait … normal.

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commentaires
  1. Même si – hélas – il y a beaucoup de vrai dans ce billet et même si une hirondelle ne fait pas le printemps, je retiendrai cependant, avec le souci d’aller à l’essentiel 😉 , la reconnaissance de quelques avancées et mesures positives… qu’on n’aurait pas eues avec une autre majorité…

    • Certes…C’est l’éternelle question de voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. Sauf que là, et en évoquant la célèbre réplique de Marius qui apprend à son fils à faire le Picon-Bière, cela dépend de la grosseur des moitiés…

  2. Claudio dit :

    Quand le Commandant se fait attendre ce n’est pas pour rien ! Y’a de la matière et de la manière, de la quantité et de la qualité.
    Hé bien, on en apprend de belles ! En lisant on écarquille les yeux et en terminant la lecture, on se retrouve finalement pas si étonné que ça.
    Merci de l’avoir écrit, Cher Commandant. On ne s’ennuie pas à le lire et l’esprit du blog est parfaitement respecté. (Je partage)

    • Merci à toi Claudio de ta fidélité et de ta sympathie. En fait, ce que je dis notamment à propos des candidats à la tête du PS, est connu de tous ou du moins de la classe politique et de la presse. Mais il semble que ce passé judiciaire, qui n’est pas bien sûr, loin de là, le seul fait de la Gauche (mais on s’attendrait de sa part à plus d’intégrité), ne soit pas rédhibitoire et que, finalement, on s’en accommode comme d’une chose inévitable. Pour évoquer ici également Pagnol et la célèbre partie de carte, ce n’est pas la peine de jouer si on ne peut pas tricher.
      On a l’impression que la lutte pour le pouvoir et ses protagonistes de tous bords sont dans une sorte de grand Koh-Lanta national que le bon peuple regarde mi fasciné, mi désespéré par tant de nullité, d’autant plus que, contrairement au vrai, on n’a pas la possibilité de zapper (sauf à émigrer, mails ailleurs, ce n’est pas mieux).
      Les politiques entrent et sortent au gré des alternances, la presse commente, en fait des choux gras et son beurre quotidien, et, en ce qui concerne le bon peuple, selon sa catégorie socio-professionnelle, son rang social, son patrimoine, son âge, sa communauté, on en profite ou on en pâtit plus ou moins.
      On me pardonnera donc, pour mon pays, de ne pas me résigner à la médiocrité. Mais c’est de plus en plus difficile. Dieu merci, il reste les ami(e)s qui font exception et apportent des rayons de soleil.

  3. Brillant ! Du pur Commandant Dromard : des convictions d’amoureux déçu, du style, de la République et un brin de mauvaise foi, mais beaucoup de Vérité !

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