Gottferdom

Publié: 12 décembre 2012 dans FAÇON PUZZLE
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Cela en étonne beaucoup, mais l’impôt est l’un des fondements de la démocratie.

Bien entendu, il est également un moyen d’oppression quand il est un tribut payé par le faible au fort.

La différence est alors la façon dont son assiette est constituée et celle dont en sont décidées non seulement les grandes masses mais aussi le détail.

Ainsi, la révolution américaine, qui a précédé la nôtre, a démarré, en autre choses, à propos de la contribution des habitants des 13 colonies anglaises d’Amérique alors qu’ils n’étaient pas directement représentés dans au Parlement britannique, d’où le slogan apparu dans les années 1750 en 1760 : « No taxation without representation ».

Le_tiers-etatEn France, un des griefs faits par le Tiers état au système monarchique était que la noblesse ne payait pas d’impôt alors la bourgeoisie et le peuple en étaient écrasés.

Ainsi, le vote du budget est-il devenu, depuis l’adoption de la démocratie représentative, la traduction chiffrée et contrôlable d’une politique, représentée par un ensemble de dépenses et recettes pour une année.

Bien entendu, je n’ai pas, d’une part, la naïveté de croire que cela suffise à garantir la nature démocratique d’un régime de « démocratie » et, d’autre part, il est certain que la complexité de la chose budgétaire permet toutes sortes d’artifices et de camouflages.

Mais enfin, un budget démocratiquement examiné et voté est, pour un État de droit, un minimum sinon suffisant, du moins nécessaire.

Les grandes lignes de ces principes sont d’ailleurs parfaitement énoncées dans la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 :

Article 13Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable ; elle doit être également répartie entre les citoyens, en raison de leurs facultés.


Article 14Les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée.

Car la contribution publique est indispensable. Quand certains chefs d’entreprises se plaignent de devoir payer des impôts, ils oublient que ceux-ci ont permis leur éducation primaire, secondaire et dans une large mesure supérieure. Que celles-ci ont permis l’éducation et la formation de celles et ceux qui travaillent dans leurs secteurs Recherche et Développements, celles des cadres, des employés, des ouvriers, etc… Leurs camions empruntent des routes communales, départementales et nationales, le système de santé contribue à ce que les gens soient à même de travailler, etc…etc…

L’on peut certes – et je ne suis pas le dernier à le faire – discuter de l’utilisation faite des impôts que l’on paye, chacun estime – c’est naturel – qu’il en paye trop (sauf ceux qui, tout en bas et tout en haut de l’échelle, n’en payent pas), mais de là à quitter notre pays sous prétexte qu’on en paye trop alors que l’on fait partie des nantis, il y a un pas à ne pas franchir, surtout si c’est pour passer outre-Quiévrain.

cyranodebergerac90_yourskilland_vd_188x141_021620111147Ce qui nous amène (enfin dira-t-on !) au cas de notre Gérard Depardieu ex national dont je ne discuterai pas ici le talent artistique et dont certaines interprétations sont dignes de respect (par exemple dans « Cyrano de Bergerac »), même s’il a joué, comme bien d’autres, dans des films alimentaires comme par exemple « Mon père ce héros » qu’Arte a néanmoins programmé récemment dans sa conception de chaîne culturelle pratiquant une pathétique recherche de l’audimat au moyen du nivellement par le bas.

Donc M. Depardieu, qui, de son propre aveu, serait devenu gangster s’il n’avait pas été acteur (ce qui explique sans doute son comportement de voyou dans les avions notamment) a décidé de s’exiler – pour des raisons fiscales – en Belgique où il pourra se pochetronner à la bière à la place du pinard (pendant le tournage de « Germinal, lui et Renaud, chanteur « de gauche », se torchaient avec des bouteilles millésimées coûtant chacune une fortune (et que payait sans doute la production), tout un symbole sur le tournage d’un film sur la misère ouvrière tourné par un réalisateur lui aussi « de gauche »).

Et, ironie suprême, Michel Sardou chanteur « de droite », a lui déclaré  « normal de faire des efforts » et ne pas « être, choqué » par la nouvelle tranche d’impôt à 75 % pour les très hauts revenus si elle est « provisoire », ajoutant que ce n’était « pas son genre de fuir à l’étranger ».

Donc, pour en revenir à la pitoyable décision de Depardieu, c’est certes son droit de « s’exiler » (pas trop loin quand même : il n’est pas allé rejoindre en Patagonie cet autre contempteur de l’impôt qu’est Florent Pagny, (certes condamné en 2006, à 15.000 euros d’amende et six mois de prison avec sursis pour fraude fiscale, après ne pas avoir payé de TVA en 1997 et d’avoir minoré ses revenus pour les années 1996 et 1997),  car de plus, il en a les moyens, ce qui n’est pas le cas du citoyen lambda.

On pourrait alors imaginer que l’État, qui ne peut donc le ponctionner fiscalement, lui enlève ces ressources qui échapperont à l’impôt suite à cette désertion.  Par exemple interdire la vente des DVD de ses films, ne plus les diffuser sur les chaines publiques, ou bien soumette à un contrôle fiscal très approfondi les entreprises qu’il possède ou dans lesquelles il a des intérêts.

Mais bien entendu, cela relève du coup de gueule et n’a aucune chance, notamment pour des raisons juridiques, d’être mis en œuvre, contrairement à d’autres nouvelles mesures fiscales qui toucheront les contribuables des classes moyennes qui, eux, n’ont pas les moyens de s’exiler fiscalement, et qui supportent le poids de la solidarité.

Il ne faut donc pas s’étonner de la dégringolade des cotes de popularité du président et de son premier ministre qui jouent les Robin des bois alors que Manuels Valls grimpe dans les sondages en faisant le shérif, le « Peuple » ayant, par nature, toujours raison, du moins selon ceux qui s’en réclament.

moules-frites-une-foisTout cela me donne envie de me taper un bon moules-frites tout fumant avec un grand demi bien frais de bière flamande, par exemple à Ostende, face à la mer du nord, pour dernier terrain vague, etc. etc…dans ce plat pays qui n’est pas le mien, mais le mien n’est plus celui de monsieur Depardieu.

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commentaires
  1. Claudio dit :

    Je suis plutôt surpris de te voir ici, Cher Commandant, hurler avec les loups moralistes et bien-pensants sur cette actualité. Serais-tu devenu conformiste toi aussi ? (je taquine)
    Mais pourquoi donc veut-on mettre de la morale partout ? « Ce qu’il y a d’embêtant avec la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres » disait l’Ami Ferré.
    Ce qu’il faudrait plutôt dénoncer c’est la pensée commune qui pousse même un Premier Ministre à s’exprimer comme au bistrot du coin.
    Je m’en tiendrai à deux choses :
    1. Ce que décident Depardieu ou d’autres les regardent ; ça s’appelle la Liberté et ce n’est pas négociable. Puisque c’est légal ? Inclinons-nous.
    2. Nous voulons éviter que l’argent quitte le pays, retenons-le. Incitons, par une fiscalité adaptée, les riches à rester et même à venir ; nous avons besoin d’eux.
    (Ceci écrit, ai-je besoin de le préciser par un blogueur loin, très loin, très très loin, d’être un nanti)

    • Cher Claudio,
      je respecte ton argumentation mais crois, pour ma modeste part, qu’i Il existe aussi un conformisme de la révolte voire de la révolution, et de la « différence », des bien-pensants du « contre ». L’anti moralisme est également, en soi, une morale (toute négation est affectée par ce qu’elle nie). Sans Etat, pas d’anarchisme possible. Sans producteurs d’essence, de voitures, sans marine de guerre pour protéger les détroits contre les pirates, pas de possibilité d’aller faire le couillon (avec quel argent, quel temps libre, qui finance tout cela au fait ?) dans les manifs altermondialistes aux quatre coins du monde, en prenant les avions des compagnies capitalistes, ou à Nantes contre l’ « Ayraultport « .
      Pour qu’il y ait des « riches » (Mais à partir de quel revenu est-on » riche » ? . Certainement pas le même niveau de revenu dans les société développées ou dans le tiers monde), il faut un système qui génère certes des riches, mais aussi des pauvres. Mais si c’est en grande partie vrai, cela n’explique pas l’ensemble des situations, favorisées ou défavorisées, collectives ou individuelles.
      En outre, la « liberté » (terme déjà en soi bien relatif, n’est pas faire ce que l’on veut ou ce que l’on peut grâce à ses moyens. Cela, c’est la loi du plus fort, c’est la loi de la jungle.
      La morale est justement ce qui n’est pas négociable. Sans morale (sans « vertu », comme aurait dit Robespierre, l' »Incorruptible », bien mal aimé et largement diffamé aujourd’hui), la démocratie n’est que le règne du plus puissant ou du plus malin, ou du plus nanti (par la nature, la naissance, l’héritage, etc.). sous l’autorité de lois censées être les mêmes pour tous, mais devant lesquelles nous ne sommes pas tous égaux (par exemple en ce qui concerne l’accès à la justice (le coût d’un avocat ou d’une procédure), ou aux paradis fiscaux. Le salarié n’a pas les moyens d’échapper à l’impôt.
      Si les impôts mettaient Depardieu ou les autres nantis sur la paille, l’on pourrait trouver en effet cela excessif, mais ce n’est pas le cas, loin, très loin de là. En outre, je distinguerais entre la fortune réalisée grâce à la création d’une entreprise créant des emplois et de la richesse, l’exploitation d’un brevet suite à une invention exigeant effort et talent, l’exercice d’une profession bien rémunérée, etc… et le fait d »exploiter, comme Depardieu et d’autres, un certain talent et/ou le fait d’être là où il était au bon moment ou d’avoir les parents et.ou les relations qu’il faut, sans parler de la « promotion canapé », qu’elle soit hétéro ou homo d’ailleurs. C’est comme pour les joueurs de foot. Qu’on rémunère le talent, d’accord, mais que ceci génère des revenus astronomiques, je m’insurge. Il ne faut pas s’étonner après cela du prix des places de ciné ou dans les stades de foot.
      Le spectacle est devenu une pompe à fric ( que dénonçait déjà Ferré, qui lui, au moins, écrivait ses chansons que pour ma part, comme toi sans doute, j’aime beaucoup) alors que la plupart chanteurs, des comiques, ne font que vocaliser ou réciter le textes des autres, avec tous les artifices que permettent aujourd’hui l’électronique et l’informatique. Plus besoin d’avoir une belle voix ni de chanter juste. On ne rémunère même plus le talent, mais l’appartenance à la maffia (héréditaire ou copinaginesque) du show bizz.
      Tu dis qu’on a besoin des riches, mais eux aussi on besoin de nous, de tous ceux qui payent les places de ciné, la redevance télé, les abonnements à Canal + pour voir du foot, bref qui financent le système. Les types comme Depardieu ne gagnent pas simplement beaucoup d’argent, ils se gavent littéralement et il est normal qu’ils participent, par leurs impôts, à la solidarité, comme le font ceux qui comme moi, comme toi, comme beaucoup d’autres, sont loin de s’être gavé en travaillant et dont le talent, même modeste, l’utilité sociale et économique, valent bien ceux d’un Depardieu et consort.
      Et voilà, il pleut, « comme à Ostende et comme partout, quand sur la ville tombe la pluie, et qu’on s’demande si c’est ça vaut l’ coup, si c’est utile….. etc…etc…(les amateurs de ferré connaissent.)

      • Claudio dit :

        J’aurais pu écrire la première moitié de ta réponse sans me sentir en contradiction avec mon premier commentaire.
        La vertu (les vertus) sont affaires personnelles. Notre boulot c’est de nous les appliquer, de faire de notre mieux et non pas de vouloir que l’Autre y souscrive. Seul le double langage me semble condamnable dans ce cas (la vertu exprimée et non appliquée). Un hors-la-loi assumé me semble bien plus respectable qu’un tartuffe, un menteur plus sain qu’un baratineur (je fais vite mais tu comprends).
        La morale qu’on veut faire partager aux autres a des allures de prosélytisme qui me déplaisent. Seule la Loi m’apparait la limite à ne pas franchir.
        Et puis ne nous voilons pas la face, il y a quasiment toujours une pointe de jalousie chez les contempteurs des riches. Souvent doublée par une expression du mépris de l’argent. S’ils méprisaient vraiment l’argent, ça ne leur ferait ni chaud ni froid que les autres en aient ; même exagérément.
        Pour revenir au conformisme du « contre », tu fais bien de le dénoncer. Et la doxa aujourd’hui est plutôt dans ce camp-là. La « voie du milieu » est plus difficile à tenir ; elle a l’avantage de nous tenir éveillés en l’appliquant au cas par cas sans adopter l’air du temps et la pensée majoritaire.
        Et puisque nous en sommes à nous faire plaisir mutuellement par citations interposées, j’ajoute que « la pensée mise en commun est une pensée commune » « Pas vrai, mec ? »
        Amitiés.

  2. Une démonstration bien convaincante, Commandant. Un cri du coeur… et de la raison.

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