Tout le monde ment

Publié: 20 mars 2013 dans FAÇON PUZZLE
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House

Même si cela peut relever de ma part du délire interprétatif, sinon en tout du moins en partie, le personnage du Dr House incarne des traits marquants de la société américaine dans laquelle il évolue.

(Peu ou prou, c’est, sciemment ou pas, la fonction même des héros de fiction dans lesquels chacun investit ses affects. Et le fait que ce héros s’appelle « House » ne peut que favoriser ce transfert.).

Certes, Hugh Laurie est un sujet de sa Très Gracieuse Majesté, et qui, on l’a constaté lors d’interviews, porte un regard disons « ironique » sur la société américaine, avec cette condescendance propre à l’ « élite » britannique : ce natif d’Oxford y a fréquenté la Dragon School, puis Eton avant d’intégrer Cambridge. Il est le neveu de Sir Christopher Laidlaw, ancien chairman de BP, et le cousin de Sam Laidlaw, actuel administrateur de la Compagnie Centrica. C’est quasiment la crème de la crème.

Mais avant tout, c’est un bon acteur.

« Vous êtes viré »

House vire ses subordonnés « à l’américaine », sans états d’âme, sans se soucier de déclencher un conflit social totalement disproportionné au cas en question, comme on le voit régulièrement chez nous par exemple dans les transports en commun. Mais il embauche tout aussi vite – et trouve les moyens financiers pour le faire – selon des critères non de sexe, de race, de milieu, de recommandations, mais uniquement de compétences.

Il considère que sa propre compétence (c’est à dire son pouvoir en tant que praticien), supérieure aux autres, lui donne quasiment tous les droits (ce qu’un sénateur américain a appelé, dans les années 60, à propos de la politique étrangère américaine « The arrogance of power »), sans trop se soucier des dommages collatéraux.

Il est pragmatique (ce qu’il ne peut avoir par la séduction, il l’achète comme par exemple le sexe) et concentre en lui le meilleur de sa culture (la musique par exemple, jazz et rock) et le pire (les courses de monster trucks). Il agit souvent en adolescent attardé et alterne un fonctionnement basé tantôt sur le principe de plaisir dans sa vie personnelle et dans le principe de réalité dans sa vie professionnelle.

Il porte en lui la blessure du père absent, est quasiment incapable de s’engager affectivement, détruit ce qu’il ne peut contrôler et pour lui, la fin justifie les moyens.

Mais bien entendu, cela ne suffit pas à son bonheur car il le sait, on ne craint, on le respecte en tant que praticien hors pair, mais on ne l’aime pas.

Être ou ne pas être….

Le dernier et ultime épisode de « House » sur TF1 était incontestablement camusien puisque tout se résumait à cette question : quoi faire de sa vie, et de sa mort, devant l’absurdité de chaque existence, cet absurde né « de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde».

Avec une mise en scène et une qualité d’écriture comme seules savent en produire les séries télé américaines, mêlant onirisme, fantasmes, réalité, déconstruction chronologique, humour et émotion, cet épisode a sinon répondu à la question de Camus, du moins montré House, comme tout au long de la série, en homme révolté devant l’absurdité de la souffrance, de la mort, devant les limites de la science, de son propre savoir, du système, de la bêtise humaine, des fausses réponses de la religion, des intérêts personnels ou collectifs, jusqu’en en devenir absurde lui-même et à se mettre dans des situations qui compromettent ses plans machiavéliques, l’empêchant d’aider la seule personne qui compte vraiment pour lui.

Oui, House apparaît comme un Sisyphe qui trouve dans l’accomplissement de son destin certes pas le « bonheur ». Comme dit Camus, « il faut imaginer Sisyphe heureux » et pour ma part, je ne sais pas si ce « il faut » est une obligation, un devoir moral, une solution, une résignation, un compromis, voire même un mensonge philosophique – comme il existe des pieux mensonges – ou bien une décision d’homme libre). Mais il y trouve, par un dernier tour à sa façon (et bien dans le style des scénaristes de la série), la force de tout abandonner de ce qui a fait sa vie et d’aider son meilleur ami à affronter l‘ absurdité de son propre destin.

Allez, tout n’est pas si pourri au royaume d’Obama….

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commentaires
  1. Ayant (enfin) vu le dernier épisode de la dernière saison, j’ai pu (enfin) venir lire ce que notre Commandant préféré en pensait.

    J’ai trouvé cette dernière saison un peu moins intéressante que les autres, peut-être du fait de la relative fadeur des seconds rôles (Cuddy nous a manqué…). Si, dans les premières minutes de l’ultime épisode, j’ai été un peu désarçonnée par le voyage introspectif de notre cher Docteur, c’est finalement avec volupté que je me suis à nouveau laissée entraîner par House et ses fantômes.

    Décidément, j’aime pas quand les séries se terminent…

  2. Je partage ces impressions sur la dernière saison et ce sentiment quand une (bonne) série se termine. La télévision est un média invasif et les personnages, s’ils sont crédibles et attachants, font partie – à leur juste place on l’espère, eu égard aux personnes réelles – de notre vie. On a donc un peu un sentiment d’abandon et l’on voudrait que « ça continue ». Mais les lois de l’audimat sont comme les lois de la vie : on ne peut maîtriser l’intérêt affectif que les autres vous témoignent, sauf à sombrer dans l’hystérie ou se prendre pour Casanova.
    Post coïtum animal triste…

  3. Dromard de la critique qualité HBO…j’aime ! (et j’adhère…)

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