Le goudron et les plumes !

Publié: 5 avril 2013 dans FAÇON PUZZLE
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Depuis l’aveu – tardif – de sa culpabilité par son principal protagoniste, l’affaire Cahuzac a été bien entendu abondamment commentée dans les médias par des journalistes, des politologues (excellente émission – comme toujours – d’Yves Calvi sur la 5 hier 4 avril), ainsi que par les ennemis et les (ex) amis politiques de l’ex ministre du budget.

Dégâts collatéraux
L’opposition fait son travail et se repait des malheurs de la majorité qui d’ailleurs lui donne le pain et le couteau pour cela.
Ayrault sait que malgré les dénégations de Hollande, ses jours sont probablement comptés. Il va pouvoir retourner à Nantes faire la promotion d’un aéroport dont personne ne veut, sauf les entrepreneurs du bâtiment et ceux qui peuvent se permettre les tarifs exorbitants des vols intérieurs.
On ne m’empêchera pas de penser que, au-delà de la honte qui éclabousse nolens volens l’ensemble du gouvernement, les ex collègues de Cahuzac qui – c’ était son rôle – leur a sucré leur budget (les ministres comme beaucoup d’élus locaux adorent faire mumuse avec l’argent des contribuables, faisant souvent passer leurs projets plus ou moins pharaoniques ou ceux de leurs petits copains et/ou financeurs de campagne électorale avant l’opportunité de la dépense publique) éprouvent un sentiment de revanche en espérant que le nouveau ministre sera plus malléable.
Et dans l’espoir d’un remaniement, certains tremblent pour leur fauteuil ministériel et d’autres piaffent d’impatience dans l’attente d’un maroquin, à commencer par notre Ségolène Royale et nationale. Normal.

Quant au président normal lui aussi, avec sa boîte à outils anti-crise (Ah quel bonheur d’avoir un président bricoleur ! Décidément, après le Karcher de Sarko, nos présidents de la République semblent confondre l’État et Castorama), il se pourrait bien que lui, qui doit son élection au scandale DSK, doive à cette affaire Cahuzac la désaffection définitive de son électorat qui, ne voyant pas venir ce changement qu’on lui annonçait pour « maintenant », se réduit de plus en plus telle une peau de chagrin.
Quand, lors de sa visite triomphale au Mali, il avouait que cette journée avait été la plus belle de sa vie politique, il ne se trompait probablement pas.

Tout cela ne m’étonne pas – à mon âge, l’étonnement est rare – mais ne me réjouit pas pour autant (si tant est que mes états d’âme aient que importance, ce dont je doute fort).
N’étant pas sectaire plus qu’il ne faut, la faute d’un membre du gouvernement est pour moi toujours l’échec de la France et, malgré mon insignifiance en tant que citoyen lambda, la honte qui éclabousse l’État m’éclabousse également en tant que patriote (je sais, ça fait ringard, mais j’assume).
Contrairement aux repentants de tous poils, aux altermondialistes de tous bords et aux communautaristes de toutes confessions, je ne suis pas un adepte de la haine de soi.

Anecdote (presque) personnelle)
Devant ce type d’affaire, qu’elle soit publique ou privée, je me suis toujours demandé comment ces personnes, qui a priori ne sont pas des idiots, peuvent s’imaginer qu’un jour ou l’autre, la vérité n’éclatera pas et révélera leurs malversations.
Et ce d’autant plus à une époque où certains, comme Edwy Plenel et son Mediapart, ont quasiment comme objet commercial la révélation de ce type d’affaire, au nom bien entendu de la morale politique, le crime profitant ici à son auteur, mais aussi à celui qui le dénonce.(Le jour, qui n’est pas prêt d’arriver, où tous les trains arriveront, eux, à l’heure, les rotatives et les serveurs informatiques de ce type de média seront bons pour la ferraille).
Je ne prétendrais pas donner ici l’explication univoque de ce mystère, mais je vais relater une petite anecdote (presque) personnelle.
Il se trouve que j’ai fait des études de Droit à Nice à une époque où ceux que l’on a appelé les « bébés Médecins » fréquentaient le même établissement. Ces « bébés Médecins » étaient des jeunes féaux du Maire de Nice auquel le système Médecin a procuré une ascension politique (et donc sociale – nous sommes sur la Côte d’Azur – ultra rapide.)
J’ai donc vu l’éclosion de cette engeance et, les années qui ont suivi, leur ascension (enfin, le terme d’ « ascension » n’est pas le mieux adapté car ils n’ont pris la peine que de n’être médeciniste. Ils ont donc été plutôt parachutés sur place).
Or dans les années 80, un camarade de faculté, qui a fait une brillante carrière d’universitaire, m’a raconté que se trouvant un soir tard à l’aéroport de Nice à son retour de Paris, il a été abordé par un de ces bébés médecins qu’il connaissait pour avoir, comme je l’ai dit, partagé les mêmes amphis, et devenu conseiller municipal à Nice (parmi d’autres titres et fonctions rémunératrices).
Celui-ci lui a proposé de profiter de la voiture de la Mairie qui l’attendait et devait le conduire à la Mairie, dans le vieux-Nice donc où, précisément, habitait à l’époque cet ami. Ce dernier, homme de gauche à principes, hésita un peu, mais se dit qu’au fond, c’était un bien petit compromis avec le système Médecin.
Et bien, sur le trajet menant de l’aéroport au vieux Nice, c’est à dire essentiellement la Promenade des Anglais, le chauffeur de la mairie a brûlé tous les feux rouges, alors qu’à cette heure tardive, la circulation était très réduite et qu’aucune urgence n’imposait cette pratique.
Mais comme l’a noté cet ami d’alors, cela était significatif de ce sentiment de toute puissance, de totale impunité qu’avaient les membres de la majorité politique à Nice, ainsi que leurs factotums, chauffeurs et autres car eux aussi étaient dans le système jusqu’au cou.
J’ai pour ma très modeste part, au cours de ma vie professionnelle qui m’a souvent fait fréquenter de près les politiques, pu vérifier cette façon de faire, manifestation de ce sentiment d’être, de par sa fonction, quasiment au dessus des lois et/ou d’être plus ou moins immunisé contre leurs effets, bref d’être intouchable.
Cette arrogance du pouvoir qui contamine certains n’est pas nécessairement proportionnelle à l’importance du mandat (on voit des maires de communes de taille moyenne payer leurs collaborateurs(trices) de cabinet avec des salaires dépassant ceux d’un Préfet de Région), mais tout de même, on imagine bien que, avec la durée et la montée en responsabilités, ce sentiment et cette pratique peuvent prendre les proportions comme celles que l’on voit dans le cas de l’affaire Cahuzac et que l’on a déjà maintes fois vues par le passé.

Propreté helvétique ?
Voilà un type qui avait un compte secret en Suisse (qui fraudait donc le fisc) et qui devient en juin 2008 vice-président du groupe socialiste, radical et citoyen à l’Assemblée nationale, porte-parole du groupe sur les questions financières, puis est choisi en février 2010,  par le groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche à l’Assemblée nationale pour prendre la présidence de la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire.
Partisan de DSK (!), il s’occupe de la thématique sur « le budget, les finances, et la fiscalité » au sein de l’équipe de campagne de François Hollande lors de l’élection présidentielle de 2012.
Et enfin, il devient ministre délégué au Budget dans le gouvernement Ayrault.
Il a donc eu largement le temps de faire le ménage dans ses affaires (ce qu’il aurait d’ailleurs dû faire dès le début de sa carrière politique) et il a menti à ses collègues, au Parlement, au Président, à la presse, bref au pays, et ce en le regardant droit dans les yeux.
On le sait, le menteur finit par croire à ses propres mensonges ou du moins par être aveuglé par eux, et cet aveuglement contribue au sentiment d’impunité que j’ai évoqué plus avant.
Qui plus est, et comme on peut le lire dans Wikidédia (qui n’est certes pas la Bible, mais en l’espèce, on peut imaginer qu’ils pèsent leurs mots), « Mediapart révèle que la direction régionale des finances publiques de Paris-Sud effectue des « vérifications approfondies » sur les déclarations de l’impôt de solidarité sur la fortune de Jérôme Cahuzac pour les trois années 2010 à 2012 et « dont la sincérité pourrait être remise en cause » ce que dément la direction générale des Finances publiques (DGFIP), alors que Mediapart maintient ses affirmations. Jérôme Cahuzac est soupçonné d’avoir sous-évalué le montant de son appartement parisien, d’avoir déclaré un prêt parental déjà remboursé et de ne pas avoir déclaré certains biens ». Fermer le ban !

(Pas tout à fait puisqu’on apprend ce jour que suite à une conversation téléphonique avec  Cahuzac, Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, a affirmé aujourd’hui sur France Info que l’ex-député du Lot-et-Garonne (il a dû se défaire de ce quand il a été nommé ministre du budget) entend ni plus ni moins retrouver son siège à l’Assemblée nationale ! On frise le délire mégalomaniaque ! )

Plus vite que son ombre

C’est accablant et l’on peut comprendre que celles et ceux qui ont soutenu la candidature Hollande, et qui, solidaires en temps que femmes et hommes de gauche, soutiennent encore son action et celle du gouvernement, soient également accablés (on le serait à moins).
Là également, je crois que la solidarité envers des responsables politiques ne tient qu’autant que ceux-ci la méritent (et pour ma tout autant modeste part, j’ai pris en différents temps mes propres décisions en la matière).
On ajoute à cela, comme si ce « cela » ne suffisait pas, les révélations du Monde sur les activités aux Iles Caïmans de Jean-Jacques Augier, trésorier de campagne de François Hollande.
Certes, les comptes de campagne de François Holland ont été validés par les plus hautes autorités compétentes. Normal là-aussi, après tout. Ce n’est pas un titre de gloire !
Mais comment ne pas être troublé (c’est un euphémisme) quand on voit un Président qui, lorsqu’il était candidat, s’est présenté comme l’ennemi des riches, de la finance et de ses dérives paradisiaques, choisir précisément comme trésorier de campagne un homme ayant des intérêts dans un paradis fiscal, donc qui veut (et peut) échapper à l’impôt en France, alors qu’on augmente celui des Français tout en leur demandant de se serrer la ceinture.
Certes également, François Hollande a déclaré, le jeudi 4 avril, qu’il ne connaissait rien des activités et des investissements de son trésorier de campagne. C’est bien le moins ! Mais j’estime qu’un candidat à la plus haute fonction de l’État se doit d’être un peu plus curieux sur son très proche entourage, surtout en matière financière. Outre le devoir, il en a les moyens. Il a assez de contacts pour cela au sein de la célèbre « Promotion Voltaire » de l’ENA.
Et je ne pense pas que ce « trouble », que beaucoup partagent, y compris à gauche, puisse être qualifié de « populisme ».
Ajoutons enfin (l’addition commence à être salée) le report officiel du non-cumul des mandats, à 2017, et le moins que l’on puisse dire est que la classe politique ne sort pas grandie de cet épisode qui s’ajoute à d’autres, à droite, et à gauche qui n’a certes pas ni le monopole du cœur ni celui de la vertu. (Ah, Robespierre, dont il est de bon ton à gauche de fustiger la mémoire en jetant le bébé (pas Médecin cette fois-ci) avec l’eau du bain, que de crimes a-t-on commis en te piétinant !).
Comme a dit un humoriste qui fût  drôle à ses heures – passées – de gloire, « C’est dur d’être de gauche surtout quand on n’est pas de droite ». C’est même de plus en plus dur, surtout pour les « purs » (dont je ne prétendrais certes pas faire partie).
Même si l’on n’est pas partisan que la justice se fasse en France comme à l’ouest du Pecos du temps du juge Roy Bean, il est des jours où l’on aimerait être Lucky Luke…
Cah2

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commentaires
  1. Olivier Colladant dit :

    La seule conscience politique que j’ai, c’est de tenir à ne pas en avoir – pas du tout par lâcheté – c’est parce que je n’ai jamais pu m’apercevoir que la gauche était mieux que la droite que les rouges étaient mieux que les noirs.
    Pierre Desproges in « Fonds de tiroir »

  2. Claudio dit :

    Eh bien je ne regrette pas d’être aller au bout de cet article. Complet et, c’est un compliment, sans surprises.
    Je me permets de relever cette parenthèse concernant les « purs » : « (dont je ne prétendais certes par faire partie) ». Un « r » s’est fait la malle révélant la pensée ?! 😉 Tant mieux.

  3. Claudio dit :

    Lire « allé » et non « aller ». Pardon. C’est sans doute le « r » qui trainait qui est venu se poser là 😉

  4. […] Le commandant Dromard, lui, s’est déchaîné, sur un tout autre sujet, sur son blog. […]

  5. bernard gaignier dit :

    Commandant; félicitations pour cet article.
    Mon indignation est encore multipliée du fait de ma profession!
    Cadre supérieur à la direction générale des finances publiques, Cahuzac fut mon ministre!
    Ayant pris la retraite depuis peu mais ayant encore beaucoup de relations dans la « maison » je peux assurer que ce séisme a atteint gravement la « maison »!
    Je me mets à la place des agents chargés du contrôle fiscal et imagine la manière dont ces contrôles seront reçus;
    L’attrait pour les paradis fiscaux du mandataire financier de Hollande!! c’est la cerise sur le gateau.
    Changeant de sujet, je pense que nous avons fréquenté la fac de droit de Nice à la même période!
    J’ai connu de très près certains bébés médecins qui à l’époque faisaient partis de ce que l’on appelait les « nervis » d’extrème droite….(moi j’étais juste en face).

    • Merci.J’imagine en effet l’amertume des serviteurs de l’État qui ont le sens du service public et de l’intérêt général. Si vous êtes jeune retraité, nous devons en effet être dans des promos assez proches, la vôtre succédant à la mienne.
      Bien cordialement

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