Géronimo

On s’en douterait en lisant certains de mes posts précédents, je n’ai jamais aimé ((je dirais même plus, « supporté ») Ségolène Royal. Dès le début – comme beaucoup d’autres – j’ai senti que cette dame était une arriviste mégalomane qui ne reculerait devant rien, à commencer par sa « peoplelisation ». Et pour ma part, j’ai depuis longtemps décidé que je ne voterai jamais pour un politique qui apparaît dans des émissions télé non politiques, façon Drucker, et/ou qui étalerait sa vie privée à la une des journaux et magazines.

LE TWEET ASSASSIN

Pour revenir à ce qui fut l’ « affaire » de la campagne électorale, et au-delà de son aspect crêpage de chignon genre télé-réalité (on n’était même pas dans du Shakespeare) entre deux « garces urbaines » (je sais, c’est macho comme formule, mais j’assume), l’affaire de La Rochelle a été révélatrice d’une part d’un mode de fonctionnement quasiment inhérent aux partis politiques et d’autres part d’une évolution de leurs militants et/ou de leur électorat, ceci expliquant sans doute cela.

Ancien (obscure) militant moi-même, j’ai mis beaucoup (trop) de temps à réaliser que ce qui était énoncé dans les statuts et pratiqué dans les rituels (réunions, présentation des différentes positions (voire motions), débats, votes, etc. ne correspondait en rien à la réalité.

CENTRALISME DÉMOCRATIQUE

Cette réalité, c’est tout à fait ce que le Parti communiste appelait le « centralisme démocratique », oxymore qui en fait cache un système dans lequel les apparatchiks décident au sommet (et dans le cas du PCF, jusqu’à la chute du Mur, le sommet était le Kremlin), et les apparatchiks locaux base suivent les décisions, sinon le « National » jette l’anathème.

C’est quasiment la même chose au Parti Socialiste. On débat jusqu’à plus d’heures (ce qui est révélateur de la CSP des orateurs), on défend des positions au nom d’un courant (et ce faisant on se crée des ennemis) et l’on réalise un beau jour qu’en fait, les choix (notamment de personnes, donc de candidats, donc d’élus) se font ailleurs, par exemple dans les officines sinon secrètes du moins discrètes, dans lesquelles on se répartit le fromage. Et ce, y compris même parfois avec la Droite. (Par exemple, dans les Alpes-Maritimes, le sénateur PS a passé un deal de non empiètement sur les plates-bandes de l’autre avec un député de droite).

Les militants de base (je ne méprise pas leur engagement – j’ai assez donné – mais je les plains), eux, sont bons pour coller les enveloppes, afficher, distribuer les tracts et faire la claque (avec maintenant des gesticulations à l’américaine, avec force drapeaux, T shirts, jingles, etc. bref une ambiance moitié « Journées mondiales de la Jeunesse », moitié « stade de foot », bonjour le populisme) dans les meetings dont la seule fonction est certes de galvaniser les troupes façon La Havane (mais sans les cigares, sauf pour les chefs qui ne mangent pas au MacDo du coin), mais surtout de passer au JT du soir en prime time.  On est en plein dans la « société du spectacle » que Guy Debord avait prophétisé en 1967 et dont la connivence – y compris sur l’oreiller – entre le monde politique et  le monde médiatique est une illustration parmi d’autre.

Précisons d’ailleurs que le PS a toujours fonctionné comme ça, car au-delà des motions débattues au niveau des sections et des fédérations, tout se réglait entre éléphants et apparatchiks pendant la Commission des résolutions lors des congrès.

NOMANKLATURE ROSE

Et d’ailleurs, force est de constater – cela est devenu un lieu commun qui n’en reflète pas moins la réalité – que le Parti socialiste est maintenant composé essentiellement d’élus, de gens espérant être élus, de gens travaillant pour des élus ou espérant travailler pour des élus. Le reste, ce sont de naïfs sherpas sauvés du désespoir existentiel ou de la solitude par la foi du charbonnier. Or, comme le disent les Ecritures, il y a beaucoup d’appelés (pour donner un coup de main) mais peu d’élus. Les portes des palais de la République sont étroites. Et le mouvement s’accélère. Alors que l’ancienne génération (disons en gros les baby boomers ou la « génération Mitterrand » devait faire ses preuves et aller au charbon avant de briguer un mandat, maintenant on a une nouvelle génération d’enfants-rois qui veulent tout, et tout de suite et qui ne s’embarrassent pas de scrupules. Les soixante-huitards sont passés du col Mao à l’attaché-case et l’ont joué façon florentine, les petits nouveaux brandissent des kalachnikovs et une mentalité façon NTM, sans oublier le « baiser-utile », très pratiqué entre les femmes journalistes et les hommes politiques. Ce que l’on prend pour de la jalousie n’est que la protection vigilante de son investissement.

KITESURF

Or, pour en revenir à La Rochelle, et que le tweet ait été ou non piraté (mes félicitations aux services de sécurité de la « Première Dame de France » qui bénéficie, aux frais de la princesse, d’un cabinet de 7 personnes, et qui émarge toujours, et certainement pas au SMIC, à Paris-Match), on a vu se profiler par exemple à La Rochelle, face à cette île de Ré chère aux bobos parisiens (d’où la haute portée symbolique de cet exemple), un mouvement de fond. Un autre exemple a été Lyon où le maire PS  Gérard Collomb a soutenu son adjoint Thierry Braillard (Radical de gauche) contre EELV, soutenu par le PS). Ce dernier, avec un misérable 18,36 % des voix, a quand même la décence d’appeler à voter pour Thierry Braillard.

 À la Rochelle, à Lyon comme ailleurs, et ce de plus en plus souvent, les militants et les électeurs n’acceptent plus ces parachutés qui atterrissent dans leur circonscription, le smartphone en main, dans le seul but de se faire élire en vertu d’accords électoraux conclus dans les officines parisiennes et/ou, pire, au bénéfices d’éléphants qui cherchent une pâture, c’est-à-dire la rente de situation afférente à tout mandat de quelque importance, y compris en cumulant les mandats. Ce n’est plus du parachutage, c’est quasiment du kitesurf sur les vagues roses.

Quant au militant ou au responsable local qui depuis des années travaille et grâce auquel le PS détient une ville ou une circonscription, ou bien se bat contre la droite dans des assemblées où, en tant que minoritaire, il en prend plein la g…., il n’a plus qu’a courber l’échine, se soumettre ou se démettre, et même, passez-moi l’expression, se  faire mettre.

 Et bien, comme le montre l’exemple de La Rochelle et d’autres, les largages massifs de parachutés ne sont plus acceptés et les couleuvres restent dans leur bocal. Les responsables, les élus de terrain se rebiffent, comme se sont rebiffé la trentaine de candidats potentiels du PS que l’on a dégagé pour faire de la place à des candidatures écolos dont la candidate aux présidentielles a fait joliment 2, 31 % des voix.

Il est plus que tant qu’au niveau local comme national, on fasse de la politique autrement, sinon, on se retrouvera très à l’étroit entre une Marine Le Pen et un Mélenchon.

 PLAN COM

 Quant aux lamentations de Ségolène Royale, il est stupéfiant que cette dame, qui a allègrement piétiné ses petits camarades, les institutions du Parti socialiste, qui a joué cavalier seul, qui a poursuivi une carrière politique qui, depuis les photos de sa maternité dans Paris-Match (Tiens donc !) procède davantage du « plan Com » que de l’engagement politique au service de son pays, ne se demande pas pourquoi elle a généré tant d’animosité à son encontre. Accuser son adversaire de devoir sa possible élections à des voix de droite relève de la plus totale mauvaise foi car que l’on sache, cette ancienne candidate à la présidence de la République n’a jamais déclaré qu’elle n’acceptait d’être élue que par des voix de gauche (qui d’ailleurs lui ont largement fait défaut).

Parmi des « perles » de la « Royalitude », voici un de ses commentaires de défaite à quelques mots près : « dans ce pays, on n’accepte pas qu’une femme assume son destin politique ».
« Assume « ? », « destin » ? Mais cette dame se prend pour Jeanne D’Arc ! Elle a un destinet il faut que les autres, amis ou ennemis, s’y plient, s’agenouillent devant cette personne qui s’estime quasiment investie d’une mission divine. Mais on croit rêver. On est dans le pays de la raison, de la laïcité, de Voltaire, ou en Caroline du Sud ?

CAUSE TOUJOURS

Et qu’on ne vienne pas invoquer son opération, essentiellement médiatique elle aussi, de « démocratie participative » en 2007. Qui que ce soit ayant un minimum d’expérience politique sait que la participation, cela peut s’organiser, s’instrumentaliser même ; il suffit de mettre les bonnes personnes au bon endroit (voir ci-dessous).

Cette opération a été un échec autant cuisant que rapidement étouffé :

– pseudo élaboration d’un programme présidentiel qui serait venu de la base, le tout synthétisé (devinez par qui) dans un « livre-programme rédigé par des « citoyens-experts » (bonjour le quasi oxymoron). Ce document n’a jamais vu le jour.

– Débats participatifs organisés façon café littéraire ou plutôt café du commerce, sans préparation ni conclusions qui tiennent tant soit peu la route. Dans la plupart des cas, le thème était imposé et les rares conclusions écrites (généralement pseudo marxo-bobos-démago-prolo du genre « y’a qu’à – faut que ») sont restées dans les oubliettes de la pensée politique, le ridicule ne tuant pas, mais pouvant quand même faire mal, surtout via internet.

Dans les débats au sein des partis, on est souvent dans le « ferme ta gueule », mais là, on était dans le « cause toujours ».

Certains élus locaux sont passés maîtres dans l’exercice de ces grands messes participatives, encadrées par des adjoints au maire et/ou des chefs de services, où l’on instrumentalise, nolens volens, les participants, généralement toujours les sempiternelles grandes gueules ou autoproclamées têtes pensantes individuelles ou associatives de la commune, et qui ne débouchent sur rien de concret, sinon sur des pages laudatives pour le Maire et son équipe dans le bulletin municipal.

Tout cela relève de l’imposture, voire même de la perversion du système démocratique et est en fait un facteur de dépolitisation de la vie publique, en s’érigeant comme contre-exemple de la démocratie représentative, qui reste « le pire des systèmes, mais à l’exclusion de tous les autres ».

SILENCE !

Imaginer cette péronnelle, avec ses looks alternatifs, ses groupies, ses meetings façon télévangéliste américain, au perchoir de l’Assemblée relevait d’un cauchemar que beaucoup, à commencer sans doute par son ex, n’ont pas eu envie de vivre pendant toute une législature.

Que ce tweet désormais « historique » soit authentique ou piraté ne change rien à l’affaire.

Que les vents du bon sens et de l’honnêteté politique emportent au loin cette parachutée qui a toujours préféré, au lieu d’être larguée dans les lignes ennemies, tirer d’abord sur ses petits camarades pour dégager son aire d’atterrissage.

L’honneur guerrier veut, paraît-il, qu’on ne tire pas sur un parachutiste quand il descend. Mais c’est elle qui a mal plié son parachute et sectionné ses suspentes avec ses dents longues à rayer les parquets.

Après avoir bien semé la m…. à gauche au nom de ses ambitions personnelles, après des échecs (et notamment celui aux Primaires socialistes, qui l’a fait descendre du piédestal érigé par ses 17 millions de voix aux Présidentielles) aussi retentissants que ses candidatures, après avoir montré sa pleutrerie en n’assistant pas aux universités d’été à La Rochelle, ce qui a permis, c’est de bonne guerre, à Olivier Falorni d’ironiser : « Ça me surprend car lorsqu’on est socialiste, on participe aux grands moments de la vie du PS. Finalement, la vie est mal faite. Madame Royal est invitée, elle ne vient pas. Moi j’y serais bien allé, mais je ne pourrai pas participer aux travaux. Dont acte. Moi en tout cas, j’y serai parce j’habite à La Rochelle et j’en suis le député. », madame Royal semble à présent lorgner du côté d’EELV.

Activité téméraire mais honorable au demeurant, le parachutisme a pour caractéristique que, quand on se loupe, on a rarement une chance de recommencer.

Mais Madame Royale, elle, se prend pour l’ange Gabriel, et a donc des ailes. Soit, mais alors, que comme les anges, elle passe … en silence et reste dans son Poitou-Chrentes à faire son beurre.

Hélas, étant donné le personnage, cela m’étonnerait vu son côté « Terminator ».

Cliquez sur le visuel ci-contre pour voir une petite vidéo d’amateur.

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commentaires
  1. […] DE MIREGéronimoLes écolosMélenchonFAKES SIMILÉSEnfin les vacances !Ils font très fortTweet […]

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